LIEUX DITS
Le Commissariat
Marne-la-vallée, 2008
C’est une petite fenêtre que l’on voit depuis le trottoir lorsqu’on passe le long du commissariat de Noisiel. Elle est toute petite, sur ce grand mur de béton. C’est la fenêtre qui donne sur le couloir des cellules de garde à vue. Tu peux y rester six, douze, vingt-trois heures et cinquante-neuf minutes parce qu’au-delà de vingt-quatre heures, cela fait de la paperasse. Jusqu’à quatre-vingt seize heures il me semble... Cela dépend de la gravité de ce que tu as fait. Ou pas. En fait, personne ne sait plus très bien de quoi cela dépend.
Tu as le droit de rester assis sur ton banc de béton. Tu as le droit de réclamer à boire tant que tu veux jusqu’à ce que la personne qui te garde veuille bien te donner à boire. Tu as le droit de demander à aller aux toilettes jusqu’à ce que la personne qui te garde veuille bien t’emmener aux toilettes. Tu as le droit de te demander si ce que tu as fait est mal ou pas. Tu as le droit d’être coupable ou innocent. Tu as le droit de demander combien de temps cela va durer mais cela ne sert à rien. Tu as parfois le droit à un sandwich. Le téléphone, le médecin, l’avocat, je ne sais plus très bien si c’est un droit ou si c’est dans les films américains.
Je suis juste sûr d’une chose : dans ce couloir, tu as plus de devoirs que de droits...
Depuis 2001, le nombre de garde à vue est passé de 336718 à 562083 en 2008. La délinquance n’a pas baissé dans les mêmes proportions...